SAINT-SACREMENT (COMPAGNIE DU)


SAINT-SACREMENT (COMPAGNIE DU)
SAINT-SACREMENT (COMPAGNIE DU)

SAINT-SACREMENT COMPAGNIE DU

École de vie intérieure et office catholique d’action sociale, la Compagnie du Saint-Sacrement reste, dans l’histoire, comme une société secrète efficace, prompte à organiser les cabales. La première idée de compagnie revient à Henri de Lévis, duc de Ventadour, sous l’influence de sa femme, Marie-Liesse, fille de Henri de Luxembourg. Animés d’une foi brûlante, les deux époux se séparent en 1629, Marie-Liesse entrant au carmel d’Avignon pendant que son mari se prépare au sacerdoce. Auparavant, un père capucin de Paris, le père Philippe d’Angoumois, rédigea les grandes lignes d’un projet (1627) qui fut soumis à l’abbé de Grignan, futur évêque d’Uzès, à Henry de Pichery, officier de la maison du roi, au père Suffren, jésuite et confesseur de Louis XIII, au père de Condren, général de l’Oratoire. Constituée en 1630, la compagnie comprit bientôt l’élite de la société française: haute aristocratie, grande robe, évêques, curés de Paris, docteurs en Sorbonne. Quelques-uns de ses membres devinrent célèbres, tels Olier, Bossuet, saint Vincent de Paul. Elle se recrutait également parmi les bourgeois et les hommes du peuple, car, dans cette société, l’inégalité sociale ne comptait plus: tous les membres se traitaient de confrères et se plaçaient, lors des réunions, dans l’ordre d’arrivée, sauf les évêques qui conservaient une prééminence spirituelle. L’autorité était entre les mains d’un supérieur souvent laïc, d’un secrétaire et de six conseillers. Un directeur, prêtre, devait veiller sur la vie spirituelle des confrères. On se réunissait le jeudi, jour consacré au Saint-Sacrement. Les armes de la compagnie représentent une hostie entourée d’un soleil et d’une devise: «Loué le Très Saint-Sacrement de l’autel.» Les buts de la société étaient d’exercer la charité dans les hôpitaux, les prisons, envers les malades, les affligés, les pauvres et tous ceux qui ont besoin de secours. Il s’agissait aussi de préserver la religion catholique, de combattre les hérétiques, de lutter contre le vice pour l’amour de Dieu. La compagnie devint très vite une société secrète. Si le roi, la reine, le cardinal appuyèrent la compagnie à ses débuts, l’archevêque de Paris, François de Gondi, refusa de l’approuver et le pape affecta de la considérer comme une banale confrérie. La compagnie fut bientôt la cible des ennemis qu’elle pourchassait: protestants, jansénistes et libertins. Mazarin vit en elle un obstacle à sa politique et la fit déférer devant le Parlement. En 1660, elle ne put se réunir sans l’autorisation du roi; en 1666, elle fut dissoute. Essaimant dans toutes les villes de province, elle diffusa la Contre-Réforme et lutta contre la misère. École de spiritualité, elle commençait chaque réunion par une lecture pieuse et une prière. Les annales de la compagnie, rédigées par Voyer d’Argenson, indiquent que, chaque semaine, trois personnes étaient nommées pour prier, l’une sur les mystères de la vie de Notre-Seigneur, l’autre en présence du Saint-Sacrement, et la troisième pour quelque nécessité publique. Non seulement la Compagnie fut en relation étroite avec les mystiques, mais elle laissa d’innombrables fondations pieuses, des écoles, des séminaires et des maisons religieuses qui se vouaient au culte eucharistique.

Ce tableau idyllique de l’œuvre de la compagnie ne doit pas faire oublier qu’elle fut un groupe de pression efficace. Mazarin voyait renaître en elle l’esprit de la Ligue; Vincent de Paul s’opposait à lui au «conseil de conscience», et la compagnie intriguait auprès de la reine pour obtenir la disgrâce du cardinal. La société s’opposa avec la dernière énergie à tous les actes de Colbert en faisant l’impossible pour sauver Fouquet, généreux confrère, qu’elle présentait comme une victime innocente d’une odieuse persécution. Puissance politique, elle fut aussi une sorte d’Inquisition qui cherchait, par tous les moyens, à rogner les libertés accordées par l’édit de Nantes. Elle faisait la police religieuse contre les hérétiques, les juifs, les déistes, les illuminés, les quakers, les blasphémateurs. Justifiant le terme de «cabale des dévots» qui lui fut attribué par ses ennemis, elle intervenait dans tous les domaines; elle luttait contre la mode qu’elle jugeait impudique, empêchait les prostituées de fréquenter les prisons comme c’était la coutume pour la consolation des prisonniers, évangélisait les villages autour de Paris, réglait le tumulte des processions et des offices, accusait les «compagnons du devoir» de commettre des impiétés et des sacrilèges. Elle s’acharna contre certains inculpés afin d’en obtenir la mort et de donner à ce châtiment valeur d’exemple. La compagnie fit également campagne pour le respect du carême, contre les duels, et parvint à faire disparaître des institutions populaires de Paris telles que les marionnettes spirituelles, les jeux de frondeurs, les expositions publiques de livres d’images et de tapisseries. Il est vraisemblable qu’elle prit part à la décision d’interdire Le Tartuffe de Molière, et l’on sait que lorsque Condé demanda à Louis XIV pourquoi les dévots ne s’acharnaient pas aussi contre Scaramouche ermite , le souverain répondit: «La raison de tout cela, c’est que la comédie de Scaramouche joue le Ciel et la religion dont ces messieurs-là ne se soucient point; mais celle de Molière les joue eux-mêmes, et c’est ce qu’ils ne peuvent souffrir.» Le jugement est féroce; les confrères étaient sincères dans leur foi, mais voulaient sauver les hommes, même malgré eux.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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